La force des discrets, perspective Madeleine Fortier

La force des discrets, perspective Madeleine Fortier

Ce texte est une merveilleuse contribution de Madeleine Fortier, Accent Carrière. 

Madeleine FortierSoyons clair, être introverti? Cela ne veut pas dire être timide! Je suis une introvertie et j’en suis fière. Lorsque j’annonce à certains de mes clients que leur test Grop révèle qu’ils sont introvertis, ils me répondent : « Cela n’est pas vrai, je ne suis pas timide… » En fait être introverti n’a rien à voir au départ avec la timidité. Ce qu’il faut retenir c’est que l’introversion est liée à la façon dont on va chercher l’information, comment on gère et régénère ses ressources. Un introverti ira chercher ses ressources en lui-même; l’extraverti pour sa part a besoin des autres, de stimulations externes pour « recharger ses batteries ».

Cela n’empêche pas un introverti d’être bien avec les autres, sauf qu’après quelque temps, il ressent le besoin de s’isoler et de se ressourcer.

Pour illustrer mon propos, voici un dessin dont je ne connais pas l’origine, mais qui donne vraiment l’image de ce qu’est un introverti et un extraverti.

On dit aussi que si on ne sait pas ce qu’un extraverti pense, c’est qu’on ne l’a pas écouté et que si on ne sait pas ce qu’un introverti pense, c’est parce qu’on ne lui a pas demandé.

Être introverti : une bénédiction?

Je suis tombée sur un groupe de discussion sur Facebook, qui s’appelle Un monde pour les introvertis, groupe fort intéressant créé par Monsieur Julien Prest. C’est grâce à ce groupe que j’ai d’abord confirmé que j’étais bel et bien introvertie, et qu’ensuite, cela n’était pas grave, et que c’était même une bénédiction.

Une bénédiction, car l’introversion nous apporte une force tranquille.

Par contre, pour que cela soit vécu comme une bénédiction, il faut d’abord apprendre à reconnaître son introversion et à l’accepter. En effet, nous vivons dans un monde où l’apparence, le discours, le « bagout » sont des éléments très prisés, bref, l’extraversion est à la mode, et dans le milieu de travail, on a souvent l’impression que celui qui parle plus facilement, plus fort, et mieux que les autres, est plus reconnu et se voit plus facilement offrir des promotions.

Madame Susan Cain et la force des introvertis

C’est dans le groupe de Monsieur Prest (1) également que j’ai entendu parler de Madame Susan Cain et de sa très belle présentation sur les introvertis sur TED : La force des introvertis  https://www.ted.com/talks/susan_cain_the_power_of_introverts?language=fr-ca

Après avoir écouté la vidéo de Madame Cain, j’ai eu le désir de lire son livre. Lorsque je l’ai eu entre les mains, je l’ai dévoré d’un bout à l’autre en 2 soirs.

Je ne peux pas résumer tout ce livre, car il fourmille d’informations, de détails, d’explications historiques, présente des idées tellement intéressantes que cela prendrait une vingtaine de pages juste pour vous donner une idée de son contenu !

Un monde pour les extravertis

Ce que j’en retiens surtout, c’est qu’il y a dans la société entre 30 et 50% d’introvertis; comme la société privilégie le caractère extraverti, il arrive souvent que les introvertis jouent un rôle, se forcent, ou se sentent forcés à « sortir de leur coquille », s’obligent à paraître exubérants, puisent dans leurs ressources et leurs forces, jusqu’à même en tomber malade.

« L’homme idéal doit être sociable, avoir le goût du risque ». L’introverti est suspect – il ne parle pas beaucoup pendant les réunions d’équipe, il semble peu sociable; il préfère réfléchir seul que de faire du brainstorming. Bref, il semble mésadapté.

La plupart des institutions de la vie contemporaine sont conçues pour ceux qui aiment les projets collectifs et une forte stimulation : bureaux à aire ouverte, projets en groupe dans les écoles. Pourtant, les grandes choses ne se construisent pas dans le brouhaha, mais bien plus souvent dans la solitude.

« Je crois que rien de révolutionnaire n’a jamais été inventé par un comité quelconque. Si vous faites partie de ces rares individus qui sont à la fois des inventeurs et des artistes, je vais vous donner un conseil : travaillez seul. C’est en travaillant seul que vous serez le plus à même d’imaginer des produits ou des idées révolutionnaires. Pas au sein d’un comité. Pas dans une équipe. » (2)

Une liste interminable de découvertes, d’œuvres d’art, de grandes entreprises n’auraient jamais vu le jour sans les introvertis!

Un peu d’histoire

Avec l’industrialisation, et l’immigration urbaine, on passe d’une culture du caractère à celle de la personnalité, cette dernière étant plus favorable aux extravertis. La timidité, le retrait, deviennent des défauts à corriger. On met l’accent sur le charisme, il faut « faire bonne impression ».

Pourtant, même si la société adule les extravertis et favorise leur ascension, les introvertis détiennent souvent des postes clés et utilisent leurs qualités d’introverti pour être respectés : plus enclins à favoriser le développement de leur entreprise que celui de leur ego, ils encouragent la prise d’initiative de leurs associés et subordonnés, les font participer aux décisions.

Les bébés introvertis

Jérôme Kagan, professeur en psychologie, a effectué une étude sur 500 enfants de leur naissance à l’âge adulte. Il a identifié deux types de bébés : ceux à « réactivité basse » et ceux à « réactivité haute ». Ces derniers étaient beaucoup plus sensibles à tout ce qui se passait autour d’eux, étaient plus agités et pleuraient plus. Il a prouvé que les enfants à réactivité haute ont plus de chance d’acquérir un caractère introverti. Lorsqu’ils grandissent, ils deviennent plus réfléchis, passent plus de temps à analyser les choses.

Surtout, ils demeurent hypersensibles à la stimulation externe, s’ils en ont trop, ils tombent en surcharge.

Ce qui explique pourquoi les introvertis préfèrent les rencontres en petits groupes ou en tête-à-tête, il leur est plus facile de se concentrer, alors que dans un grand groupe, dans une foule, ils sont beaucoup plus sollicités, leur attention est dispersée, et ils sont sur-stimulés.

Les introvertis ne sont pas asociaux. Ils sont sociables, mais différemment.

La peur de parler en public

Lorsque je lis que Madame Cain à deux heures du matin ne dort pas et a des idées suicidaires parce qu’elle doit faire une présentation devant plusieurs personnes, je me reconnais si bien ! En fait, elle nous explique que la peur de parler en public est pour la majorité des gens plus grande que la part de mourir. Cela vient peut-être de notre passé, car l’homme préhistorique se sentant observé par un tigre, avait le réflexe de fuir (ou de figer). On ne peut pas fuir ainsi lorsqu’on est devant un public !

Faut-il jouer un rôle?

Il nous arrive de devoir se montrer plus extraverti que l’on est habituellement; prendre la parole en public, faire une présentation devant un groupe, participer à une soirée de réseautage. Chacun de nous a la possibilité de jouer un rôle, mais il doit connaître sa zone de confort et y revenir après avoir joué ce rôle. De plus, pour jouer à l’extraverti si on est introverti, mieux vaut être passionné par le sujet qui nous pousse à jouer ce rôle.

Madame Cain donne l’exemple de deux de ses clientes introverties. Les deux passaient beaucoup de temps dans leur profession à parler en public. Pourtant l’une d’elle est heureuse, et l’autre non. La première travaille pour un projet humanitaire qui la passionne. Lorsqu’elle parle en public, elle trouve l’énergie nécessaire pour faire passer son message. La seconde travaille comme avocate, un peu malgré elle. Elle n’avait jamais réfléchi si c’était vraiment le métier qu’elle aimait. Pour celle-ci parler en public était un calvaire, et elle était en permanence exténuée.

Plus les conditions dans lesquelles vous vivez et travaillez sont adaptées à votre personnalité, plus vous serez capable en temps voulu de sortir de votre zone de confort, et de jouer un rôle qui n’est pas forcément votre rôle naturel.

La communication et la collaboration

Introvertis et extravertis se complètent. Ils gagnent à travailler ensemble.

Si les extravertis savaient comme les introvertis sont généralement heureux de se faire entrainer le temps d’une soirée dans des discussions drôles et légères! Si les introvertis savaient à quel point les extravertis apprécient le fait qu’ils peuvent se confier lorsqu’ils passent une soirée en tête à tête!

La force des discrets, le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard, Susan Cain, 2012, JCLattès

 

La force des discrets, perspective Madeleine Fortier

Gérald Fillion en mode panel au Club Universitaire lors du Sommet du livre Affaires

Crédit MarcoCampanozzi

Crédit MarcoCampanozzi

Gérald Fillion a dit oui! Il a accepté notre invitation et va participer à un panel qui portera sur son plus récent ouvrage: L’économie c’est pas compliqué, co-écrit avec avec François Delorme et publié chez Les Éditions La Presse.

Très connu du public québécois, Monsieur Fillion  est  journaliste spécialisé en économie à Radio-Canada depuis 2001. Respecté de tous, il anime RDI Économie sur ICI RDI, intervient dans les téléjournaux de Radio-Canada et signe depuis 2006 des textes d’analyse sur ICI.Radio-Canada.ca portant sur les enjeux économiques. Il est diplômé de l’Institut des valeurs mobilières du Canada et titulaire d’un baccalauréat en communications de l’Université du Québec à Montréal. Il est le journaliste le plus cité au Québec quand il est question d’économie.

Son plus récent ouvrage, L’économie c’est pas compliqué, publié aux Editions La Presse, présente 60 sujets d’actualités en lien avec l’économie. Que ce doit le développement durable, le prix du pétrole ou encore le schiste, tous ces sujets pointent vers la reconnaissance de l’importance de l’économie dans nos vies. M. Fillion le dira lui-même: “L’économie, c’est bien plus que des indices boursiers et des rapports financiers.

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