Micheline Bourque, fondatrice du Club de lecture Affaires, aura le privilège d’animer un panel de lecteurs avec l’auteur Olivier Schmouker lors de l’édition 2014 de TRU Montréal. Pour s’y préparer, elle a voulu connaître l’homme et l’auteur. 

Olivier Schmouker est blogueur pour le site Les Affaires.com et chroniqueur au journal Les Affaires depuis 3 ans. Son blogue quotidien, Entête, porte sur le management et la créativité. Il a à son actif près de 500 textes… Ce qui veut aussi dire beaucoup de recherches et de lectures ! Il a été pendant 4 ans rédacteur en chef du défunt magazine québécois de luxe Premium qui avait comme objectif de présenter le meilleur du monde des affaires en gestion en allant puiser des articles de pointe aux quatre coins du monde.

Olivier Schmouker est aussi l’auteur d’un premier ouvrage dont le titre « Le cheval et l’âne au bureau » pourrait passer pour un livre de philosophie ou de psychologie, si ce n’était du sous-titre, « L’art oublié de travailler ensemble » publié aux Éditions Transcontinental. À moins qu’il n’y ait effectivement un côté philosophique…

Olivier Schmouker, comment vous définissez-vous avant tout ?

Je porte plusieurs casquettes, mais l’essentiel de mon travail est d’abord journalistique. J’ai écrit ce livre « Le cheval et l’âne au bureau, l’art oublié de travaillé ensemble », je donne des conférences, des ateliers et j’écris sur des thèmes pointus comme la créativité et tout ce qui est relié au fait de travailler en équipe. Mais, quand mes enfants me demandent ce que je fais, je leur dis que je suis un journaliste. Mon blogue compte 70 000 visiteurs uniques par mois, c’est un beau succès.

Qu’est ce que la rédaction de votre blogue vous a apporté jusqu’à présent?

Pour moi c’est un apport prodigieux, parce que ç´est vraiment ce que je voulais faire depuis un bon moment. Le journaliste est souvent vu, du moins il y a trois ou quatre ans, comme quelqu’un qui rapporte la nouvelle de la manière la plus neutre et la plus objective possible. Il devait se coller à l’actualité et éventuellement y apporter un peu de profondeur et d’analyse. Je pensais depuis un bon nombre d’années que l’essentiel n’était plus là.

Le lecteur, l’auditeur ou le télé-spectateur a déjà l’information quand le journaliste commence à la traiter. Donc, le journaliste n’est plus pertinent dans ce rôle-là, il l’est quand il apporte une valeur ajoutée, une réelle profondeur sur un sujet. Je me suis dit, l’essentiel c’est d’aller là où les gens veulent de la rapidité, donc par l’Internet, mais aussi aller à contre-pied et donner de la profondeur là ou l’on attend de l’immédiateté. Je me suis dit que c’était un beau défi à relever, de creuser un sujet, une question, chaque jour et d’y apporter la réponse la plus approfondie possible.

Comment fonctionnez-vous concrètement?

Je déniche des études qui n’ont parfois aucun rapport avec le management, elles peuvent traiter de neuro-science, de philosophie, de sociologie, de marketing, d’économie. Je lis, j’analyse et je vulgarise car les études sont souvent arides et je vois quelles applications elles peuvent avoir dans notre quotidien au travail.

Que recherchez-vous par votre travail ?

Mon objectif est très simple, c’est de faire gagner du temps aux gens qui n’ont pas le temps de cultiver leur savoir, parce qu’on est pressé par mille choses. Il y a un bassin de connaissances qui pullulent tous les jours et qui proviennent de scientifiques et de chercheurs universitaires. C’est immense! On a aucune idée de ce qui se passe et des avancées qui sont faites dans tel ou tel domaine. Je me dis que c’est tellement dommage qu’un tel puits de connaissances soit ignoré de tout le monde. Il faut être ce petit relais entre ces domaines hyper-pointus pour les mettre à la portée de tous, à commencer par moi.

Quand la gestion est-elle devenue une passion pour vous?

Ça vient du fait que j’étais le rédacteur en chef du magazine Premium, nous prenions ce qui se faisait de meilleur dans tout ce qui paraissait comme articles sur le management dans le monde entier. On traduisait tout en français et on publiait ça à tous les deux mois. Cela permettait de ramener cette connaissance universitaire à la portée de toutes les personnes qui s’intéressaient à la gestion. C’est ce travail-là que j’ai voulu développer sur le web avec le blogue.

Ce n’est pas votre formation qui vous a amené à la gestion?

C’est venu par l’expérience professionnelle et le défi qui vous avait été présenté, oui, mais aussi par goût personnel. Si l’on n’y met pas de soi, le travail n’a aucune utilité ou pertinence. Je m’intéresse depuis très longtemps à tout ce qui est écrit d’un point de vue philosophique, psychologique et économique. C’est riche d’enseignement tout ce qu’on peut apprendre sur soi et sur les autres, et sur les rapports que nous avons les uns avec les autres.

Est-ce ainsi qu’est né « Le cheval et l’âne au bureau »?

En fait, je blogue chaque jour. C’est énorme! Des gens ont fini par me dire, c’est trop et est-ce que tu pourrais nous synthétiser ça dans un livre? Le contenu du blogue va dans tous les sens. Pour moi, c’est important de surprendre le lecteur à chaque jour. Mais, pour le livre, je me suis demandé s’il n’y aurait pas une unité dans tout ce que j’ai fait au cours des dernières années. Je ne voulais pas faire du copié-collé. Mais, c’était comme un casse-tête, j’ai tout remis en place et j’ai regroupé des éléments. Même s’il manquait des morceaux, j’ai vu que l’image globale était : comment collaborer autrement, être efficace et plus heureux. Et j ‘ai effectué la recherche nécessaire pour compléter cette image.

Pourquoi avoir le titre d’une fable pour votre livre ?

J’aime beaucoup la période des moralistes et j’ai trouvé cette fable de Jean de La Fontaine qui s’appliquait à mon travail sur la collaboration. Je me suis donné une mission personnelle de faire le bien. Souvent, les journalistes sont perçus comme des vautours, comme des gens qui se nourrissent du malheur des autres. Je ne correspond pas à cette image. Il y a moyen de reconnaître des problèmes et des difficultés personnelles et collectives, mais peut-on aussi regarder les solutions ? Si elles ne viennent pas spontanément, alors cherchons-les.

Une des idées de votre livre est celle du cercle. Comment le cercle favorise-t-il le travail ?

Nos milieux de travail sont caractérisés par le triangle, mais nous ne le voyons pas ou plus. Deux exemples, la pyramide hiérarchique ou encore le patron qui va s’asseoir au bout de la table alors que les employés se positionneront en triangle les uns par rapport aux autres et face au patron. Cette forme géométrique est composée de pointes et de lignes de tension entre les pointes. C’est ce qui explique le dysfonctionnement d’une équipe. L’équilibre n’est pas parfait. Je me suis demandé qu’elle était la forme géométrique qui pouvait contrecarrer les effets du triangle. Le cercle est une ligne continue et courbe où aucun point n’est plus proéminent que les autres. Tout cela a des applications concrètes dans notre quotidien et que l’on ne soupçonne pas.

Votre livre aborde aussi la question de la performance par le ralentissement. Qu’apporte l’action de ralentir au travail?

Dans nos milieux de travail, il y a des toxines que l’on ne soupçonnent pas et l’une d’elles est la pression que l’on se met soi-même ou les uns les autres, de toujours aller plus vite pour devancer la concurrence. C’est incrusté en nous de façon inconsciente. On peut se demander si c’est la meilleure solution que de toujours appuyer sur l’accélérateur, le coureur automobile ne le fait pas car il irait droit dans le mur. Pourtant, on le voit lorsque des collègues finissent par faire un burnout. Il est vital d’apprendre à ralentir pour trouver le bon rythme et c’est ce qui fait qu’une équipe est performante.

Idéalement qui pourrait bénéficier de la lecture de votre livre ?

Je n’ai pas de public cible comme tel. Pour moi, toute personne qui est au travail devrait être intéressée par cette lecture là. C’est ce que je me disais… Le livre a reçu un bon accueil, ce qui me surprend un peu car il va à l’encontre des idées reçues et je croyais que cela aurait beaucoup « dérangé » les PDG. Est-ce parce que je donne des exemples concrets d’entreprises qui fonctionnent en cercle et qui ont du succès… Je pense que cela les a rejoints.

Quelle sont vos deux plus récentes lectures ?

Ma lecture la plus récente est le roman A Man in Love de Carl Ove Knausgaard et mon dernier livre d’affaires est celui du neuroscientifique Daniel J. Levitin de l’Université McGill. Cet ouvrage intitulé « The Organized Mind » traite du traitement de l’information alors que nous sommes bombardés d’information. Il raconte comment on peut arriver à orchestrer le tout et être mieux organisé dans notre tête pour être plus plus efficace.

Olivier Schmouker qui participera à TRU Montréal le 7 octobre prochain travaille aussi à une suite à son ouvrage qui devrait paraître à l’automne 2015.

Pour participer au TRU Montréal, inscrivez vous via leur site web TRUMontreal.com

Bibliographie
SCHMOUKER, Olivier. Le cheval et l’âne au bureau. L’art oublié de travailler ensemble. Éditions Transcontinental. Les Éditions Transcontinental. Les affaires. 2013. 208 pages.