Le But de Eliyahu GoldrattLe Club de lecture Affaires a eu le privilège de recevoir Gaétan Migneault, président fondateur et Julie Bergevin vice-présidente du Groupe Adèle, une entreprise qui fait partie des 500 plus grandes entreprises au Québec. Ce duo de partenaires d’affaires inséparables nous a proposé la lecture du livre Le But d’Eliyahu M. Goldratt et ils l’ont défendu avec brio!

Qu’en est-il donc de ce livre « Le but, l’excellence en production ».

Il s’agit de l’histoire d’Alex, un directeur d’usine, qui apprend qu’il n’a que trois mois pour redresser l’entreprise sinon c’est la fermeture. Pris dans une situation familiale difficile, le roman relate les différentes découvertes de Alex au contact d’un physicien Jonah quand à la façon pour redresser son entreprise et sauver son mariage.

Rédigé sous forme de roman, « Le But » est un livre facile à lire. On n’y retrouve pas la lourdeur que l’on peut parfois retrouver dans des livres en gestion. Cette formule roman plaît beaucoup. Nos panélistes y trouvent une certaine légèreté qui repose l’esprit, surtout lorsqu’on lit beaucoup de livre d’affaires de nature plus théorique. À quelque part, le format fait en sorte qu’on est capable de faire des liens plus facilement, de voir si on à des choses à améliorer, bref, le roman rend les choses plus facile à comprendre.

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Connaître son but: Une des leçons importantes du livre selon Julie Bergevin 

Pour Mme Bergevin, ce ne sont pas tant les principes de production qu’elle retient, mais plutôt l’idée générale, la philosophie du livre. « Souvent, les gens font les choses sans se demander pourquoi elles les font. Cela peut paraître simpliste. Mais, on peut avoir de bonnes idées, et ne pas se poser pas assez la question ‘pourquoi on le fait’ ?  Ce qui m’avait beaucoup marqué dans le livre, c’est que le but premier d’une entreprise est de faire de l’argent, d’être profitable et de ne pas l’oublier! En somme, pas d’argent, il n’y aura pas d’emploi. »

« Les gens, à tous les niveaux de l’entreprise, n’ont pas toujours en tête cette notion. Cela fait en sorte que l’on peut prendre des décisions qui ne sont pas nécessairement rentables pour l’entreprise. Dans le quotidien, à titre de dirigeants, il arrive qu’on ne transmette pas toujours à toute l’équipe le but derrière ce que nous faisons. Pourtant, les employés doivent pourtant être conscients que chaque geste, chaque priorité, doit être en lien avec ce but. On ne le répètera jamais trop, mais il faut connaître le but afin de prendre de meilleures décisions. Il faut donc que les dirigeants parlent aux divers intervenants de l’entreprise afin que tous travaillent dans le même sens. Le livre nous permet de prendre conscience de l’importance du but. »

Gaétan Migneault, un livre qui porte sur la vie dans son ensemble : vie personnelle et professionnelle

Gaétan Migneault a lu ce livre, il y a quelques années, et l’a relu récemment. Il y retient la même chose : « Ce livre nous ramène à l’essentiel. Pourquoi fait-on telle ou telle chose? Ce livre présente aussi une façon intéressante la problématique de conciliation travail-famille. Ce livre parle donc autant de la vie familiale que celle de l’entreprise. Dans ce sens, le livre parle d’une vie humaine complète. Une vie où on est constamment sollicitée par toute sorte de choses. Une des leçons qu’il donne, c’est qu’il est bien important de se concentrer afin d’obtenir un équilibre, de revenir à notre but. Sinon, on ne fait rien et on n’accomplit rien.»

Selon lui, ce livre permettra une prise de conscience pour un entrepreneur. Il représente en soi un chemin pour savoir faire la bonne prise de conscience.

Christine Chartier, bonnes leçons d’affaires, mais l’histoire familiale rate son coup

Christine Chartier est plutôt mitigée vis-à-vis le livre, car si elle n’avait pas eu le mandat de le lire pour ce panel, elle se serait arrêtée après le 6e chapitre. Elle est bien d’accord que l’argent c’est important. Mais par ailleurs, l’argent n’est pas nécessairement le but ultime. « Le danger de travailler uniquement pour l’argent, c’est qu’il peut y avoir des dérives comme on a vu dans certains cas. Là où je suis d’accord, c’est qu’il faut avoir un objectif, et il est important que tout le personnel soit au courant du but de l’entreprise, pourquoi on travaille. Comme ça, tout le monde marche vers le même but ».

Au niveau du livre comme roman, elle a eu de la difficulté avec la vie familiale décrite dans le livre. « L’épouse de Alex avait vraiment le rôle ‘plate’ car la réalité est tout autre. Cette histoire de ‘couple’ ou de famille m’enlevait de l’intérêt au contenu. Ce volet m’a dérangé. La légèreté de certains aspects liés à la vie familiale en juxtaposition à la profondeur du sujet du côté entreprise, engendraient un déséquilibre au niveau du livre. »

« Cependant, au niveau de la crise et du « comment passer au travers », ces aspects étaient très intéressants. Il faut voir où sont les problèmes. Il faut avoir la connaissance de son entreprise, de son marché. La connaissance permet de prendre des actions rapidement. C’est ce que j’ai aimé avec le principe du goulet. Il faut agir là où ça bloque en premier au lieu d’avoir une stratégie globale, etc. »

Pour Christine, il est essentiel de prendre conscience que lorsque l’on a des problèmes financiers, on ne peut couper partout, n’importe comment, car il peut y avoir un impact important, et ainsi mettre l’entreprise en péril. Après analyse, il y a même certains endroits où on devra insuffler de l’argent.

Mathieu Laferrière, une leçon sur l’importance versus l’urgence

Mathieu Laferrière a aussi lu ce livre à 2 moments dans sa vie. La première fois, il occupait un poste en entreprise, et à cette étape, alors, les aspects familiaux le dérangeaient car il n’en avait pas besoin. Cependant, le genre « roman » était rafraichissant plutôt qu’un livre d’affaires traditionnel.

Plus récemment, il l’a relu et a retenu que lorsqu’on détermine son but, la notion d’importance devient claire. Au lieu d’aller dans l’urgence on va dans l’importance.

Mathieu souligne 3 aspects :

  • « Le but » se situe davantage à un niveau procédural manufacturier. Mais il n’est pas le seul livre sur la théorie des contraintes. Eliyahu M. Goldratt est aussi l’auteur du livre The Critical Chain – très connue en gestion de projets
  • « Faire de l’argent » par opposition à perdre de l’argent. Comprendre ce concept permet de faire grandir l’entreprise et est bénéfique autant pour les employés, les clients, les actionnaires…
  • « Le but » met l’accent sur les résultats globaux. On voit beaucoup de gens en entreprises qui sont débordés, surchargés, soulignant les coupures… mais en bout de compte, qu’est-ce que ça apporte au résultat global ? Au processus qui englobe tout dans l’existence de l’entreprise ?

Cindy Rivard, un livre aidant au moment de créer sa propre entreprise

La première fois qu’elle l’a lu, elle débutait son entreprise avec son conjoint et ce livre lui a permis de savoir ce qui s’en venait avec leur nouvelle entreprise.

Elle a aimé la formule roman et le fait que le personnage principal – l’entrepreneur – aille chercher une aide extérieure. Elle tire même une leçon d’un des passages qu’elle a pourtant trouvé ennuyeux, c’est-à-dire qu’un changement d’environnement peut être bénéfique dans un processus de réflexion. Aussi, l’importance que revêt le fait d’écouter les idées des autres, d’impliquer l’équipe, de communiquer avec tout le monde dans l’équipe pour que chacun connaisse l’objectif de l’entreprise, leur rôle… dans l’atteinte du but final.

Elle reste un peu ambivalente au sujet du but de faire de l’argent, mais elle est consciente que c’est nécessaire dans la réalisation de la vision de l’entreprise.

Frédéric Moreau, l’observateur  aime la formule roman mais a quelques réserves

L’écoute des panélistes a généré quelques questions de la part de Frédéric. Les voici, suivies des réponses des participants…

Quels sont les principes issus de ce livre que Gaétan Migneault et Julie Bergevin appliquent à leur entreprise?

Pour Gaétan Migneault, il est important de faire la distinction entre ce qui est important et ce qui est urgent. « Chaque semaine, nous vérifions notre situation en fonction des objectifs à accomplir dans le mois, nous faisons la mise au point et communiquons l’information aux autres. »

Lorsqu’il est mention de « goulot », est-ce en terme de processus ou en terme humain?

Le Groupe Adèle est une entreprise de service, de gestion des ressources humaines, et non une usine, donc l’approche est un peu différente. Pour Gaétan Migneault, « il faut distinguer 2 types de ressources : les goulots et les non-goulots. Un goulot est une ressource dont la capacité égale ou inférieure à la demande correspondante. Il faut chercher à équilibrer le flux de produits dans l’usine avec la demande du marché. » C’est donc orienté sur les processus.

Sur ce point, Christine Chartier  suggère une définition pour « goulot » au niveau de la gestion du temps, c’est-à-dire où je mets mon énergie, mon temps, mes ressources. « Le goulot, en gestion du temps, est lié là où je mets mon temps, mes énergies, à analyser où il s’étrangle… Dans une entreprise de service, c’est nous qui devenons l’unité de production. »

Quelles sont les limites du modèle, dans un environnement qui change rapidement. En quoi ce livre est-il en phase avec l’évolution de la société aujourd’hui ?

Pour Julie Bergevin, le livre sera toujours d’actualité car ce sont des principes de base. « Si on n’a pas de but ou qu’on ne le connait pas, on ne sait pas où on s’en va non plus. Plus le rythme de vie, d’affaires, est rapide plus on doit se concentrer sur le pourquoi on fait les choses, qu’est ce qu’on priorise en fonction du but. »

Pour Mathieu Laferrière, le livre va durer. « Le problème, c’est que les entreprises sont rarement conscientes des impacts des changements sur leur but. Et les clients, les employés, les processus et le goulot peuvent aussi changer. Au final, faire de l’argent n’est pas le but véritable. C’est la notion de changement rattachée à cela. Quand les changements surviennent, il faut revoir le modèle, il faut questionner. »

Pour Gaétan Migneault , l’argent ne peut être l’unique but. Le livre illustre une entreprise qui perd de l’argent et pourquoi elle en perd. Elle en perd parce que la majorité des gens de l’entreprise ne sont pas conscients du but, alors ils risquent tous de perdre leurs emplois. En avant-plan, si tout le monde perd de vue l’essence qu’une entreprise doit être profitable pour être viable, si on ne le partage pas, si on ne le communique pas, alors elle n’avancera pas, elle reculera. »

Qui devrait lire ce livre?

Finalement, Frédéric Moreau, notre observateur, évalue son intérêt pour ce livre à 7/10 car il ne voit pas bien l’utilité du livre, mais ce qui l’intrique le plus, c’est la forme. Il trouve intéressant d’avoir poussé l’exercice en en faisant un roman. Il est d’accord sur le fait qu’il est toujours bon de se rappeler les principes de base de temps en temps.

Pour Cindy Rivard, ceux qui ont le goût d’aller plus loin y trouveront leur compte car le livre nous donne l’opportunité de se questionner autrement.

Mathieu Laferrière recommande à toute personne qui veut améliorer son efficacité parce qu’elle ressent des contraintes, temps – argent – retard. Ce livre peut être le déclic qui permettra de voir la situation autrement.

Pour Mme Bergevin, ce livre garde toute sa pertinence peu importe le stade de développement de la vie d’un entrepreneur. On peut même le relire à plusieurs reprises afin de retrouver un certain focus sur les affaires.

Christine Chartier recommande ce livre à tous ceux qui ont un plan de redressement à faire, afin de comprendre qu’il y a des choses à analyser, à connaitre, afin de prioriser les changements à faire. Il ne faut pas juste prendre le plan de redressement de manière comptable, mais prendre le système dans son ensemble, aller au-delà des chiffres et regarder comment fonctionne le système et qu’est ce qui arrivera si on coupe.

Conclusion

Dans l’ensemble, « Le But » demeure un livre pertinent, avec quelques éléments de contenus qui pourraient être renouvelés, mais dont les leçons d’affaires sont bonnes.